LE THÉÂTRE MARIGNY – HISTORIQUE
En 1835, un physicien-prestidigitateur propose ses attractions au carré Marigny. Après la révolution de 1848, une petite salle, le Château d’enfer, dirigée par Lacaze et régie par Hippolyte Rivail, y présente des spectacles de « physique amusante, fantasmagorie et curiosité ». Cette modeste attraction devant fermer ses portes, Jacques Offenbach, jugeant l’emplacement idéal dans la perspective de l’exposition universelle de 1855, obtient d’en disposer, y effectue quelques travaux, et ouvre le 5 juillet 1855 le théâtre des Bouffes Parisiens, bientôt rebaptisé Bouffes d’été, la troupe d’Offenbach trouvant refuge durant l’hiver aux Bouffes d’hiver, rue Monsigny (cette salle conservera d’ailleurs le nom de théâtre des Bouffes-Parisiens jusqu’à aujourd’hui). En 1859, à l’expiration du bail d’Offenbach, la salle devient le théâtre Deburau, du nom de son directeur Charles Deburau, fils du célèbre mime Jean-Gaspard Deburau. Il est dirigé après lui par Céleste Mogador avant de devenir en 1865 les Folies Marigny. Le théâtre est démoli en 1881 pour céder la place en 1883 à un panorama construit par Charles Garnier, l’architecte de l’Opéra de Paris.
Le Panorama est transformé en théâtre en rotonde en 1894 par l’architecte Édouard Niermans. Dirigé par Abel Deval à partir de 1910, il enchaîne les productions à succès. La salle est encore agrandie et modernisée en 1925 par son nouveau directeur, Léon Volterra, déjà à la tête du théâtre de Paris et de l’Eden. En 1946, il cède la gestion de la salle à son épouse, Simonne Volterra, qui fait appel à des anciens membres de la Comédie-Française pour constituer une troupe « maison » autour de Jean-Louis Barrault : la compagnie Renaud-Barrault est née. En 1954, Jean-Louis Barrault aménage dans le théâtre une seconde petite salle, le Petit-Marigny. Propriété de la ville de Paris, le théâtre, alors très délabré, est fermé en 1962.
De 1966 à 1978, la direction est assurée par la comédienne Elvire Popesco, assistée de Hubert de Malet et Robert Manuel. Jean Bodson leur succède et entreprend d’importants travaux de rénovation, ainsi que la transformation totale de la seconde salle en petit théâtre de 311 places. À sa mort en 1980, il est remplacé par Christiane Porquerel, assistée de Jean-Jacques Bricaire. La concession du théâtre (les murs appartenant à la Ville de Paris) est accordée en 2000 à la holding Artémis de François Pinault, qui en confie la direction à Robert Hossein, puis à Pierre Lescure à partir de 2008.
En 2010, le Théâtre Marigny fait partie des cinquante théâtres privés parisiens qui se regroupent au sein de l’Association pour le soutien du théâtre privé (ASTP) et le Syndicat national des directeurs et tourneurs du théâtre privé (SNDTP). Sous l’enseigne « Théâtres parisiens associés », ils souhaitaient renforcer leur action sur le modèle historique du théâtre privé. Fermé depuis juillet 2013 en raison de problèmes structurels, le bâtiment est l’objet des travaux de réhabilitation (notamment d’un renforcement de la coupole), menés conjointement par les groupes Pinault et Vinci, à l’issue desquels la société Fimalac devient exploitante. La direction artistique du lieu est confiée à Jean-Luc Choplin, ancien directeur du théâtre du Châtelet, qui axe sa programmation sur le théâtre musical. La réouverture a lieu en novembre 2018 avec l’adaptation scénique du film musical de Jacques Demy et Michel Legrand, Peau d’âne.
En 2022, Richard Caillat prend le relais de la direction artistique et propose une ligne tournée vers le théâtre de textes et les grandes signatures contemporaines. Le Théâtre Marigny a aujourd’hui deux salles : le Studio Marigny (300 places) et sa grande salle de près de 1000 places. Sous son impulsion, le public découvre notamment Ruy Blas, Biographie : un jeu, Denali et donne sa chance à 4211 km, des spectacles qui conjuguent exigence artistique et adhésion d’un public large.
Depuis janvier 2025, la direction du Théâtre Marigny est assurée par Michel Lumbroso, qui s’inscrit dans cette dynamique de renouveau en l’élargissant. En ouvrant la programmation aux grandes figures qui font l’événement, il affirme une ambition forte : proposer une expérience d’excellence du théâtre vivant, capable de surprendre et d’élargir les horizons artistiques.
Éric Dupond-Moretti, Benjamin Biolay, Julie Depardieu ou encore Valérie Lemercier ont ainsi marqué les planches de leur présence. Murmurations – Level 2 a démontré que la danse contemporaine pouvait être à la fois accessible et poétique, La Corde a fait vibrer le Studio, tandis que 4211 km a conquis, pour une troisième saison, un public toujours plus nombreux dans ce voyage sur les traces d’une famille contrainte à l’exil, mais habitée par l’espoir.
Avec Amadeus, le Théâtre Marigny renoue également avec les grandes fresques théâtrales : une œuvre puissante et populaire, portée par une distribution d’exception, qui incarne pleinement cette volonté de faire dialoguer exigence artistique, souffle spectaculaire et émotion partagée.